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Le Japon profond pour les nuls

Langages de la nature et cerveau gauche

25 Octobre 2015, 13:00pm

Publié par Ohisama Maruzo

Langages de la nature et cerveau gauche

On dit que les Japonais écoutent les bruits dans la nature avec la partie gauche du cerveau, celle qui traite du langage. Les bourdonnements des insectes, les cris des animaux, les hurlements du vent et le grondement de la vague, le murmure du ruisseau autant de sons qui racontent aux Japonais quelque chose de fondamental, alors que beaucoup d’étrangers les entendent comme de simples bruits produits par la nature.

Cela veut dire que le « cerveau japonophone » saisit le bruit naturel comme un véritable langage de la nature. Les Japonais prennent donc conscience qu’ils sont – et se sentent - entourés par les esprits vivants de la nature. Bien évidemment, moi qui suis Japonais, je n’ai jamais vu « les esprits de nature » (comme des fées…) Ni compris quoi que ce soit aux langages de la nature. Pourtant je saisis toujours, inconsciemment, ces sons non seulement comme de simples bruits, mais bien comme une langue qui me met en communication avec une certaine volonté de la nature.

Il est vrai que nous, les Japonais, éprouvons souvent un sentiment profondément déplaisant lorsqu’on déboise, ouvre une montagne et remblaie un lac ou la mer. Par conséquent, nous continuons à observer une coutume traditionnelle ; depuis toujours, nous pratiquons le « Jichin-Saï ». C’est un rite de salutation qui consiste à s’adresser aux esprits du terrain en déclarant : « Permettez-nous de bâtir une maison ». Ces esprits sont appelé parfois « Seïreï » (entité sans forme), « Kami » (dieu), « Yôkai » (lutin/monstre). Ce sont des êtres à la fois effrayants et facétieux. Bref, la nature nous raconte beaucoup de choses dans notre vie quotidienne.

Par exemple, lors d’une tempête féroce, il nous semble que, bien davantage qu’une puissante dépression atmosphérique, c’est un esprit grandiose du ciel qui fait vibrer l’air en trépignant et en piétinant la terre.

Et je dirais même que, pour le cerveau japonophone, la nature est comme la grâce et la charité maternelles : chez les Japonais existe le sentiment très fort qu’ils sont enveloppés dans l’amour maternel de la nature. Ils le ressentent intensément dans la vie de tous les jours. En japonais, voyelle se dit « bo-on » - littéralement : mère-son. Tandis que la consonne se dit « si-in » - littéralement : enfant-son. (Où est passé le père ?)

Pour nous, dans le langage de la nature, ce sont les voyelles qui ont de l’importance, au point que la civilisation japonaise est basée sur la capacité d’écoute de la nature comme vocalisation. Car, en japonais, chaque syllabe contient une voyelle. Les scientifiques du cerveau disent que « parce que toutes les syllabes contiennent des voyelles, les bruits de la nature sont décryptés par la partie gauche du cerveau des japonophones. » Je pense qu’au contraire les Japonais utilisent spontanément des voyelles dans leur langue parce que, depuis des temps immémoriaux, ils entendent ainsi la voix de la nature.

Je suis par conséquent très frappé que la notation en hébreu soit consonantique : aucune voyelle ! Par exemple, mon nom, Maruzo, sera transcrit « Mrz ». Mais les voyelles en tant que vibrations spirituelles ne sont pas ignorées : je suppose à l’inverse que les anciens Hébreux les considéraient comme des sons trop intensément vivants, dans l’instant, pour les noter. Mais, de notre temps, la voyelle n’est plus guère considérée que comme un simple son utilitaire. Loin du langage de la nature.

Encore une chose intéressante : la musique traditionnelle japonaise ; elle est traitée par les Japonais dans la partie gauche du cerveau (aire du traitement de la langue). Or la musique antique japonaise est la musique de la voyelle. On peut dire que les anciens Japonais parlaient à la nature avec des instruments.

L’astronaute japonais Mouri a raconté qu’au moment où, quittant l’atmosphère, il entrait dans l’espace, il entendait chaque fois une musique qui ressemblait soit à la musique baroque, soit à la musique traditionnelle japonaise Gagaku. Pour ma part, j’imagine que Monsieur Mouri a perçu la voix de la nature maternelle à la frontière de la Terre et du cosmos. La Terre est aussi un esprit de la nature. L’esprit bleu qui flotte dans la mer magnétique du grand amour maternel du soleil.

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