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Le Japon profond pour les nuls

« Alors, l’a-t-on identifié, ce Monsieur Jésus ? »

13 Septembre 2015, 13:31pm

Publié par Ohisama Maruzo

Les ancêtres occupent une grande place dans la vie quotidienne au Japon. Par exemple, quand on dit « Hotoke-sama » , ça signifie Gotama Bouddha. Le mot Hotoke est arrivé au Japon avec le bouddhisme via la Chine pour nommer Bouddha. Mais ce mot désigne aussi les ancêtres qui sont honorés sur l’autel familial. De plus cela, il signifie aussi traditionnellement les personnes défuntes qu’on ne connaît pas. Ainsi, dans une série télévisée policière, sur la scène d’un homicide, un inspecteur dira « …et alors, on l‘a identifié ce Monsieur Hotoke ? » Cette expression très stéréotypée est fréquemment utilisée.

Si les bouddhistes indiens et chinois qui ont apporté le bouddhisme au Japon entendaient cela, ils seraient stupéfaits ! Imaginez que le christianisme soit arrivé au Japon avant le bouddhisme. Chaque maison japonaise aurait son autel familial chrétien, surmonté d’un crucifix. Mais celui qui serait appelé Jésus représenterait leurs ancêtres et ils lui feraient des offrandes de fleurs et de nourriture en disant « on va offrir ces bonne choses à Jésus... » Parce que ce fils de Dieu qu’on vénérerait devant ces autels serait à la fois Jésus et leurs ancêtres. Et dans une série policière, sur les lieux d’un crime, devant la victime encore anonyme, l’inspecteur dirait « Alors, on l’a identifié, ce Jésus ? »

La plupart des Japonais croient que leur religion est le bouddhisme. En réalité, c’est une conception de la vie et de la mort qui a toujours existé chez les Japonais, et en fonction de laquelle tous les défunts sont honorés religieusement.

Il existe un mot, « Muenbotoke », qui veut dire « un Hotoke [Bouddha] qui n’a de lien avec personne », autrement dit, un mort anonyme. Quand on a des enfants, on sait qu’ils vont se rappeler les parents décédés et qu’ils vont procéder aux célébrations commémorative. Tandis que, pour les morts anonymes, les Japonais imaginent qu’il est cruel pour eux de ne pas recevoir ces célébrations. Dans les temples bouddhistes, on voit souvent des pierres tombales pour les Muenbotokes.

Les peuples des pays chrétiens, s’ils avaient vu les Japonais procéder à des cérémonies commémoratives pour les morts anonymes en les appellant « Jésus », auraient trouvé cela très bizarre. Tout ceci pour souligner que ç’eût été tout à fait naturel pour les Japonais : pour nous, tout défunt, quelle qu’ait été sa vie, est objet de respect et de compassion de la part des vivants.

C’est un point à considérer lorsqu’on s’indigne des célébrations commémoratives aux défunts au temple de Yasukuni ; souvent, à l’étranger, on les présente comme une sorte de déïfication des criminels de guerre. Or, d’un part, le temple est dédié à tous les militaires tombés pour la patrie depuis la Restauration de Meiji (1886) jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale. Et surtout, d’autre part, dans la tradition japonaise, il n’est question que du respect dû à tout défunt ; s’il s’agissait de porter un jugement sur sa vie et son action, le temple ne serait pas le lieu adéquat.

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