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Le Japon profond pour les nuls

Dieu est amour…maternel ; mais pas au Japon

14 Juin 2015, 02:40am

Publié par Ohisama Maruzo

Dieu est amour…maternel ; mais pas au Japon

J’ai reçu un courrier électronique d’un journaliste suisse. Il est récemment venu au Japon et il a notamment visité les sanctuaires d’Ise-Jingu.

« Bonjour Monsieur Maruzo, voici deux questions qui m’intriguent.

Lorsque je me promène dans la foule dans une grande ville européenne, je vois des milliers de personnes tendues chacune vers son projet personnel; lorsque j'observe la foule japonaise, je me demande s'il en est de même ou si ces individus sont tendus vers un but collectif. En Europe, aux Etats-Unis, le bien de la nation est un socle pour l'épanouissement des individus. Je ne sais pas s’il en est de même au Japon ou si l'épanouissement personnel n'y est considéré que comme très secondaire par rapport au but collectif: le bien de la nation.

D’autre part, lorsque j'assiste à un service religieux chrétien, juif, musulman, je vois une communauté réunie autour d'un officiant pour prier Dieu. A Ise, je vois des individus s'incliner devant un bâtiment, claquer deux fois dans les mains, s'incliner encore et repartir rapidement, sans aucun échange avec les autres croyants ni avec les prêtres qui ne sont pourtant pas loin.

Pourtant, il est dit que le shintoïsme est le ciment ou la charpente de la nation japonaise. Je suis surpris que cette "religion" (religere = lier en latin) ne lie justement les croyants ni entre eux ni avec les prêtres, en tout cas pas de façon visible.

Dans les religions monothéistes, la foi individuelle est évidemment essentielle, mais il est frappant que les sociétés qui dépendent de la religion (l'Europe jusqu'au milieu du 20e siècle, Etats musulmans aujourd'hui) exigent que les croyants se réunissent régulièrement: cela garantit l'ordre établi. Je ne connais pas assez des pays comme l'Inde pour tirer un parallèle. »

C’est une réflexion très intéressante, cher Monsieur, et je vous remercie beaucoup.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles la religion est tellement importante pour les hommes. A mon avis, la plus grande nécessité pour les hommes, c’est de compenser un sentiment de perte du lien entre les uns et les autres. Ils recherchent toujours, en général, l’amour maternel - inconsciemment. Dès la naissance, nous n’avons aucun moyen de survivre sans la protection de quelqu’un(e). Et en grandissant, nous accumulons des expériences où l’amour maternel nous manque. Nous recherchons donc instinctivement toujours l’amour maternel pour nous sentir capable de défendre notre peau. A l’école, dans la société, à chaque période de notre vie, nous nous rendons compte que nous sommes complètement privés de la protection inconditionnelle dont nous avons bénéficié comme nourrisson. Et cette perte nous désespère.

C’est la principale raison pour laquelle nous les hommes sommes attirés par les femmes.

De même que les femmes sont attirées par l’amour paternel chez un homme. Dans ce cas, la paternité n’est pas la sévérité mais le rempart qui protège une femme d’un assaut social. C’est donc, dans un sens très large, une variante de l’amour maternel !

Pour compenser le sentiment de perte de cette protection, la plupart des gens tombent amoureux. « C’est elle ! C’est lui ! L’être qui me donnera l’amour maternel dont j’étais assoiffé ! » Chacun projette sur l’autre sa demande. Naturellement, celui ou celle qui diffuse une ambiance d’amour maternel a du succès. Et à l’inverse, celui ou celle qui calcule, qui agit en amour toujours par intérêt : « je suis si patient/e, si généreux/généreuse pour elle/lui… », aura tendance à rencontre des problèmes de couple.

Parce que, bien évidemment, tout le monde cherche auprès de l’autre la compensation de l’amour maternel perdu.

La religion fonctionne aussi comme substitut de l’amour maternel, ou comme remède au sentiment de sa perte. Beaucoup de religions à travers le monde annoncent que « Dieu vous aime et vous protège ».

Autrement dit, tant que vous croyez en Dieu, ce Dieu vous protègera. Cela prend la forme d’un contrat. Par conséquent, même si on vit dans une réalité dure, on est capable de surmonter les difficultés.

Pourtant, le Dieu, ou plus exactement la religion à laquelle croient les Japonais ne les protège pas tellement.

C’est un fait que les Japonais n’ont pas besoin de chercher l’amour maternel auprès du Dieu d’une religion. Parce que les Japonais sont fondamentalement rassurés par le sentiment qu’ils sont intégrés dans l’ensemble unifiant formé par tous leurs ancêtres.

Je vous en dirai davantage à ce sujet dans un prochain billet. Et plus tard je reviendrai sur un autre aspect du sentimentent « d’unification » que les Japonais éprouvent aussi vis-à-vis de la nature.

J’ai reçu un courrier électronique d’un journaliste suisse. Il est récemment venu au Japon et il a notamment visité les sanctuaires d’Ise-Jingu.

« Bonjour Monsieur Maruzo, voici deux questions qui m’intriguent.

Lorsque je me promène dans la foule dans une grande ville européenne, je vois des milliers de personnes tendues chacune vers son projet personnel; lorsque j'observe la foule japonaise, je me demande s'il en est de même ou si ces individus sont tendus vers un but collectif. En Europe, aux Etats-Unis, le bien de la nation est un socle pour l'épanouissement des individus. Je ne sais pas s’il en est de même au Japon ou si l'épanouissement personnel n'y est considéré que comme très secondaire par rapport au but collectif: le bien de la nation.

D’autre part, lorsque j'assiste à un service religieux chrétien, juif, musulman, je vois une communauté réunie autour d'un officiant pour prier Dieu. A Ise, je vois des individus s'incliner devant un bâtiment, claquer deux fois dans les mains, s'incliner encore et repartir rapidement, sans aucun échange avec les autres croyants ni avec les prêtres qui ne sont pourtant pas loin.

Pourtant, il est dit que le shintoïsme est le ciment ou la charpente de la nation japonaise. Je suis surpris que cette "religion" (religere = lier en latin) ne lie justement les croyants ni entre eux ni avec les prêtres, en tout cas pas de façon visible.

Dans les religions monothéistes, la foi individuelle est évidemment essentielle, mais il est frappant que les sociétés qui dépendent de la religion (l'Europe jusqu'au milieu du 20e siècle, Etats musulmans aujourd'hui) exigent que les croyants se réunissent régulièrement: cela garantit l'ordre établi. Je ne connais pas assez des pays comme l'Inde pour tirer un parallèle. »

C’est une réflexion très intéressante, cher Monsieur, et je vous remercie beaucoup.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles la religion est tellement importante pour les hommes. A mon avis, la plus grande nécessité pour les hommes, c’est de compenser un sentiment de perte du lien entre les uns et les autres. Ils recherchent toujours, en général, l’amour maternel - inconsciemment. Dès la naissance, nous n’avons aucun moyen de survivre sans la protection de quelqu’un(e). Et en grandissant, nous accumulons des expériences où l’amour maternel nous manque. Nous recherchons donc instinctivement toujours l’amour maternel pour nous sentir capable de défendre notre peau. A l’école, dans la société, à chaque période de notre vie, nous nous rendons compte que nous sommes complètement privés de la protection inconditionnelle dont nous avons bénéficié comme nourrisson. Et cette perte nous désespère.

C’est la principale raison pour laquelle nous les hommes sommes attirés par les femmes.

De même que les femmes sont attirées par l’amour paternel chez un homme. Dans ce cas, la paternité n’est pas la sévérité mais le rempart qui protège une femme d’un assaut social. C’est donc, dans un sens très large, une variante de l’amour maternel !

Pour compenser le sentiment de perte de cette protection, la plupart des gens tombent amoureux. « C’est elle ! C’est lui ! L’être qui me donnera l’amour maternel dont j’étais assoiffé ! » Chacun projette sur l’autre sa demande. Naturellement, celui ou celle qui diffuse une ambiance d’amour maternel a du succès. Et à l’inverse, celui ou celle qui calcule, qui agit en amour toujours par intérêt : « je suis si patient/e, si généreux/généreuse pour elle/lui… », aura tendance à rencontre des problèmes de couple.

Parce que, bien évidemment, tout le monde cherche auprès de l’autre la compensation de l’amour maternel perdu.

La religion fonctionne aussi comme substitut de l’amour maternel, ou comme remède au sentiment de sa perte. Beaucoup de religions à travers le monde annoncent que « Dieu vous aime et vous protège ».

Autrement dit, tant que vous croyez en Dieu, ce Dieu vous protègera. Cela prend la forme d’un contrat. Par conséquent, même si on vit dans une réalité dure, on est capable de surmonter les difficultés.

Pourtant, le Dieu, ou plus exactement la religion à laquelle croient les Japonais ne les protège pas tellement.

C’est un fait que les Japonais n’ont pas besoin de chercher l’amour maternel auprès du Dieu d’une religion. Parce que les Japonais sont fondamentalement rassurés par le sentiment qu’ils sont intégrés dans l’ensemble unifiant formé par tous leurs ancêtres.

Je vous en dirai davantage à ce sujet dans un prochain billet. Et plus tard je reviendrai sur un autre aspect du sentimentent « d’unification » que les Japonais éprouvent aussi vis-à-vis de la nature.

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